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Mobilité durable, encore plus pertinente en temps de pandémie

Enviro 3D conseils inc. | Sainte-Julie - Dimanche, 31 mai 2020
 

Par Frédéric Dufault, urbaniste, EESA®, VEA® et Serge Vaugeois, urbaniste, M.ATDR, M.Sc.A MGPA

Les besoins de distanciation physique découlant de la pandémie de COVID-19 conduisent à l’implantation, en accéléré bien souvent, de diverses mesures associées à la mobilité durable.

En effet, les quotidiens font état ces jours-ci d’interdiction de circulation automobile sur certaines rues, de nouvelles rues piétonnes ou partagées, d’ajout de pistes ou de bandes cyclables, d’élargissement des zones de trottoir, de réduction de stationnement, de reconfiguration de l’espace public, de la promotion accrue des déplacements à pied ou à vélo. Les vertus de l’achat local sont aussi redécouvertes, car il est aisé de constater que les prix peuvent être concurrentiels et que les distances à parcourir sont moindres que pour se rendre chez les Walmart et Cosco de ce monde. Les déplacements actifs n’ont donc jamais été aussi en vogue auprès des instances municipales. 

Face à cet engouement, on peut se demander s’il s’agit là d’une mode passagère? La réponse est non. En fait, le développement de la mobilité durable est encadré par le gouvernement du Québec qui appuie son action sur une Politique de mobilité durable[1], publiée en 2018. Les priorités gouvernementales découlant de la Politique, sont inscrites dans l’approche « Réduire – Transférer – Améliorer ». Il s’agit donc de réduire les déplacements motorisés ou les distances à parcourir pour répondre aux différents besoins de mobilité par une meilleure intégration de la planification du territoire et des transports; transférer les déplacements vers des moyens de transport moins énergivores et qui se traduisent par de plus faibles émissions de GES, comme le transport collectif et actif; améliorer l’efficacité des véhicules en réduisant leur empreinte carbone, mais aussi améliorer les déplacements en termes de coûts, de qualité et de sécurité. Le plan d’action[2] découlant de la Politique donne déjà des résultats concrets dans certaines domaines, comme la réalisation de plans de mobilité durable par des municipalités, dont le rôle est majeur dans ce domaine, la mise en place d’infrastructures de transport favorisant la mobilité durable, l’électrification des transports et le déploiement des véhicules des véhicules écoénergétiques.

Le Plan de mobilité durable 2020-2040 de Drummondville[3]

A titre d’exemple de l’implication municipale dans le dossier de la mobilité durable, présentons le cas de la ville de Drummondville qui a adopté, en 2019, un plan de mobilité durable pour la période 2020-2040. L’approche « Réduire – Transférer – Améliorer » prônée par le Gouvernement a été utilisée comme base de travail. Dans la perspective de bien répondre aux besoins de la population, la ville a d’abord mis sur pied un chantier de travail composé d’élus, d’employés municipaux et de spécialistes qui avait pour mandant de réaliser le plan. Une vaste consultation publique a aussi été menée en 2018, comprenant notamment des soirées citoyennes, un forum avec les partenaires et les entreprises, un sondage en ligne, des entrevues, etc.

Cette démarche de consultation a conduit à une vision d’avenir, soit : « En 2040, la population de Drummondville bénéficie de modes de déplacement accessibles, sécuritaires, confortables et efficients. La mobilité des personnes contribue à la création de milieux de vie à échelle humaine, au développement de saines habitudes de vie et au bonheur des citoyennes et citoyens. Cette mobilité favorise la participation sociale, génère des économies pour les ménages et soutient le développement économique, tout en réduisant son empreinte environnementale ». Une série d’objectifs permettront de concrétiser cette vision d’avenir. Ils sont au nombre de quatre, soit : accroitre la part modale des déplacements actifs et collectifs de 20 % d’ici 2040, adopter une approche de sécurité optimale dans la conception des rues, guider l’aménagement de l’espace public par le principe de rues complètes et développer Drummondville autour d’un réseau de transport en commun structurant.

De plus, élément important à souligner, la ville de Drummondville compte s’attaquer à des enjeux majeurs d’urbanisme ayant un impact sur la mobilité durable, comme la faible densité du cadre bâti; la présence de plusieurs friches urbaines non développées et l’occupation importante du stationnement sur le territoire.  Elle s’est dotée d’orientations fort pertinentes découlant de ses enjeux, notamment : assurer le développement central avec une plus grande densité, favoriser la mixité des usages, accroître le verdissement des rues, privilégier le développement axé sur le transport en commun et développer le stationnement incitatif.

Un plan d’action[4] fait état de l’ensemble des moyens qui seront déployés au cours des prochaines années. Certains de ces moyens permettront des avancées importantes en matière de mobilité durable. Nous en citons ici quelques-unes reliées à l’aménagement du territoire, soit : mettre en œuvre de nouvelles normes sur les aires de stationnement, adopter une politique de rues complètes, établir le potentiel de densi?cation des sites inclus dans les aires affectées par le réseau de transport en commun structurant, implanter un total de cinq stationnements incitatifs pour le covoiturage interurbain et évaluer l’opportunité de la création d'un futur pôle d'échanges intermodaux au centre-ville. De plus, tout récemment, en raison des besoins de distanciation reliés à la COVID-19, la ville a fermé le pont Curé-Marchand, situé à proximité du centre-ville, à la circulation automobile pour favoriser les piétons et les cyclistes.

Enfin, comme on le constate, la mobilité durable est fort populaire et risque de le demeurer après la pandémie de COVID -19. Celle-ci est en fait un accélérateur ou un catalyseur des désirs ou des besoins qui existaient depuis plusieurs années et qui n’étaient tout simplement pas satisfaits ici au Québec. Une fois que la population aura découvert et apprécié tous ces nouveaux aménagements centrés sur l’humain plutôt que sur l’automobile, on souhaitera certainement en pérenniser une bonne partie pour continuer à en profiter. Quant au transport collectif, il reprendra sans doute son élan lorsque les mesures sanitaires élaborées permettront à la population de l’utiliser en toute sécurité.

[1] Ministère des Transports du Québec, Transporter le Québec vers la modernité. Politique de mobilité durable 2030. [en ligne] https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/ministere/role_ministere/DocumentsPMD/politique-mobilite-durable.pdf

[2] Ministère des Transports du Québec, Politique de mobilité durable 2030, Plan d’action 2018-2023, [en ligne]  

https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/ministere/role_ministere/DocumentsPMD/PMD-plan-action.pdf

[3] Ville de Drummondville, Plan de mobilité durable 2020-2040 [en ligne] https://www.drummondville.ca/wp-content/uploads/2020/01/Plan_Mobilite-durable_2020-2040_Web.pdf

[4] Ville de Drummondville, Plan d’action en mobilité durable 2020-2024 [en ligne]
https://www.drummondville.ca/wp-content/uploads/2019/09/Plan-action-MOD-VF.pdf

Frédéric Dufault, urbaniste, EESA®, VEA® et Serge Vaugeois, urbaniste, M.ATDR, M.Sc.A MGPA

Frédéric Dufault, urbaniste, EESA®, VEA® et Serge Vaugeois, urbaniste, M.ATDR, M.Sc.A MGPA
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