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Innovation en déneigement - Entrevue avec Jean-François Houde, directeur des approvisionnements à la Ville de Trois-Rivières

Québec Municipal | Québec - Lundi, 31 mars 2014
Mot(s)-clé(s) : travaux publics, déneigement
 
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Jean-François Houde
</span> Jean-François Houde
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La Ville de Trois-Rivières se démarque cette année avec une innovation notable dans le domaine du déneigement. Nous avons eu en entrevue monsieur Jean-François Houde, directeur des approvisionnements à la Ville, pour nous en apprendre un peu plus sur ce projet facilement exportable pour d'autres municipalités.

Par Julie Rose Vézina

Trois-Rivières se démarque avec une autre innovation développée à l'interne : le Système informatisé de répartition de véhicules (SIRV). Expliquez-nous un peu en quoi consiste ce système.

Comme son nom l'indique, le Système informatisé de répartition de véhicules permet de répartir les camions de transport de neige selon les besoins de chaque souffleuse, afin de minimiser les temps improductifs par manque de camions de transport, ainsi que les files d'attente.

Quels résultats concrets retire-t-on déjà de l'utilisation de ce système par la Ville?

La mise en place du SIRV permet de prime abord de balancer les files d'attente derrière les souffleuses et de réduire les pénuries de camions à ces mêmes souffleuses, ce qui réduit significativement le temps d'attente de la machinerie, le temps global de chaque opération de déneigement, et augmente donc le niveau de service aux citoyens. En effet, en diminuant le temps total nécessaire pour l'enlèvement de la neige, on diminue les coûts associés à l'opération par l'élimination des périodes d'attente et de non-productivité, et on diminue également les émissions de gaz à effet de serre.

Pour bien comprendre les avantages du SIRV, il est donc nécessaire de connaître la procédure classique de déneigement et ses faiblesses.

En effet, de façon générale, les opérations de déneigement s'effectuent de la façon suivante : les niveleuses, chenillettes à trottoirs et chargeuses effectuent un travail de préparation pour le passage de la souffleuse. Ce travail de préparation ne peut s'effectuer sans tenir compte du temps que prend la souffleuse pour effectuer son travail afin de ne pas créer de problèmes. Par conséquent, l'équipe de préparation forme des andains devant les entrées charretières et aux intersections. Ces andains doivent obligatoirement être soufflés afin de ne pas causer de problèmes de circulation ou de s'attirer des plaintes de la part des citoyens. Cette équipe travaille donc selon le rythme de la souffleuse et d'un camion guide qui eux progressent selon la vitesse des arrivées et départs des camions lourds qui sont affectés au transport de neige. Le goulot d'étranglement de l'ensemble de l'opération est le transport de la neige.

Avec la méthode classique, un camion de transport de neige est associé à une souffleuse pour toute la durée des opérations. Il fait donc des allées-retours toujours entre la même souffleuse et le même dépôt à neige.

Cette méthode apporte son lot de temps d'attente lorsqu'aucun camion n'est présent pour le chargement. À ces moments, la souffleuse et le camion guide sont tous deux immobiles. La situation inverse peut également se produire. Trop de camions peuvent se présenter en même temps à la souffleuse, formant alors une file d'attente et se retrouvant ainsi en marche au ralenti.

Le paradoxe fondamental suivant est alors constaté : une souffleuse est immobile sur la rue « X » par manque de camions de transport, alors qu'une file d'attente de camions de transport s'est formée derrière une autre souffleuse sur la rue « Y ».

Pour remédier à cette situation, vous avez donc remis en question l'affectation exclusive d'un camion de transport à une souffleuse donnée et réaffecté, après chaque déchargement au site de dépôt de neige usée, les camions de transport à la souffleuse qui en a le plus besoin.

Exactement!

D'où est venue cette idée innovatrice?

Ce n'est pas très classique, puisque l'idée est née ici à la Direction des travaux publics et génie ainsi qu'à la Direction de l'approvisionnement. Nous étions deux employés diplômés en recherche opérationnelle, une branche des mathématiques appliquées qui s'intéresse à la résolution de problèmes et aux systèmes de décision. On modélise donc en équation mathématique une problématique et, en la résolvant, on résout le problème avec une solution optimale. 

On a eu l'idée lorsque j'étais gestionnaire de contrats. On s'intéressait alors à améliorer le service de déneigement. En parlant aux contremaitres, on a ciblé la problématique du transport de la neige, c'est-à-dire la répartition non adéquate des souffleuses. En analysant la situation, on a eu l'idée de créer une meilleure répartition, informatisée, en temps réel, et ne nécessitant aucune ressource humaine pour faire le travail.

On comprend donc que ce système pourrait éventuellement être adapté pour servir d'autres besoins de la Ville, tels que le transport de pierre, gravier, sable ou rebuts d'excavation?

Tout à fait. Pour l'instant on ne transporte que de la neige qu'on envoie toujours au même dépôt, donc l'affectation des camions est assez simple. Par contre, lorsque nous transposerons le tout pour le transport de matières estivales ce sera un peu plus complexe, car nous enverrons des camions dans différents dépôts; les destinations deviendront donc des variables. Le parcours pour la neige est connu alors que, pour les travaux publics, les chantiers sont disséminés un peu partout sur le territoire de la ville. Les algorithmes de décision seront donc plus complexes, mais l'infrastructure matérielle, elle, sera la même. On gagnera aussi comme dans le cas du transport de la neige. On a beaucoup de travail à venir pour adapter notre système, mais ce sera un beau défi à relever! 

En termes d'efficacité du déneigement et de réduction des émissions de GES, quelles sont les retombées?

Après deux épisodes de neige abondante en décembre 2013, l'efficacité des opérations de transport de neige à l'aide du SIRV a démontré une amélioration du rendement des opérations de 14,72 % (économie estimée de 53 036,43 $/année) et une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 18,8 % (16,23 tonnes de CO2eq/année). Il est à noter qu'une fois que les travailleurs affectés au transport de neige se seront appropriés la méthode et que le projet sera étendu à l'ensemble des zones de transport de neige (actuellement 3 sur 12), il y a fort à parier que l'économie se chiffrera en centaines de milliers de dollars.

Votre projet pourrait donc être exporté ou s'appliquer à une autre municipalité?

La totalité du projet peut être reproduite dans d'autres municipalités dans la mesure où ces municipalités utiliseront toutes les mêmes technologies que celles utilisées par la Ville de Trois-Rivières.

Les rapports produits par la Ville de Trois-Rivières seront accessibles via la Ville elle-même si d'autres villes ou municipalités sont intéressées à reproduire le projet. Les listes de vérification de l'essai sur le terrain, les rapports de performance après le projet et tous les indicateurs monétaires et environnementaux sont consignés par la Ville. De plus, il sera possible de venir directement sur le terrain afin d'effectuer une visite du dépôt à neige et visualiser le système qui a été mis en place.

Cette trouvaille locale fait l'objet d'un dossier de candidature au concours mérite Ovation municipale de l'Union des municipalités du Québec, dont les gagnants seront connus en mai, mais on sait déjà que votre projet est finaliste dans la catégorie « Transport et voirie ». Félicitations!

Merci beaucoup! On espère effectivement pouvoir faire la démonstration des bénéfices de notre système lors des Assises annuelles de l'UMQ.


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